Des chocs pétroliers aux énergies renouvelables, la Mauritanie ne doit plus attendre
L’histoire énergétique mondiale est jalonnée de crises qui, à chaque fois, rappellent brutalement une vérité simple : la dépendance excessive aux énergies fossiles et aux zones géopolitiquement sensibles est un facteur majeur de vulnérabilité économique et d’instabilité politique.
En effet, de
1973 à la guerre Russie–Ukraine, jusqu’aux tensions actuelles autour du détroit
d’Ormuz, les chocs énergétiques successifs auraient dû définitivement clore le
débat sur la nécessité de diversifier les sources d’énergie. Pourtant, nombre
de pays importateurs, notamment en Afrique, continuent d’en subir les
conséquences.
Pour la
Mauritanie, ces crises ne doivent plus être perçues comme de lointains
événements internationaux pour lesquels suffiraient des campagnes de
sensibilisation pour une rationalisation totalement absente de nos gènes
comportementaux, mais devraient plutôt être capitalisées comme des leçons
stratégiques essentielles pour penser l’avenir.
1973 : le
premier avertissement ignoré
Le premier
choc pétrolier de 1973, consécutif à l’embargo décidé par les pays de l’OPEP, a
montré au monde entier à quel point l’énergie pouvait être utilisée comme une
arme économique. Du jour au lendemain, les économies dépendantes du pétrole
importé ont vu les prix exploser, la croissance ralentir et les finances
publiques se fragiliser.
Pour de
nombreux pays en développement, cette crise fut le début d’un cycle de
dépendance, pour ne pas dire de décadence : subventions coûteuses, endettement,
et vulnérabilité structurelle face aux fluctuations internationales. Déjà à
cette époque, certains États ont compris la nécessité d’investir dans des
alternatives. D’autres ont préféré attendre, pensant la crise passagère.
L’histoire a montré lesquels avaient raison.
La guerre
Russie–Ukraine : l’énergie comme instrument géopolitique
Près de
cinquante ans plus tard, la guerre Russie–Ukraine a constitué un nouveau choc
énergétique mondial. Cette fois, ce n’était pas seulement le pétrole, mais
aussi le gaz naturel et l’électricité qui étaient au cœur de la crise. L’Europe,
pourtant développée et technologiquement avancée, a brutalement découvert les
limites de sa dépendance à un fournisseur unique.
Les
conséquences ont été immédiates : flambée des prix, inflation importée,
pressions budgétaires et remise en question accélérée des politiques
énergétiques. Ce conflit a démontré que même dans un monde globalisé, l’énergie
reste profondément politique.
Le détroit
d’Ormuz : une menace permanente sur le système énergétique mondial
Aujourd’hui
encore, les tensions récurrentes autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite
une part considérable du pétrole mondial, rappellent la fragilité extrême du
modèle énergétique actuel. Quelques incidents, menaces militaires ou blocages
suffisent à faire trembler les marchés et à renchérir les coûts de l’énergie à
l’échelle planétaire.
Pour les
pays importateurs nets d’hydrocarbures, chaque crise dans cette région se
traduit par un choc direct sur les finances publiques, le coût de la vie et la
compétitivité économique. La Mauritanie, comme beaucoup d’États africains, n’a
aucun contrôle sur ces routes énergétiques, mais en subit pleinement les
conséquences.
Pour des
pays comme la Mauritanie, cette crise envoie un message clair : la souveraineté
énergétique n’est pas un luxe, mais une condition de stabilité économique et
sociale.
Tirer les
leçons : transformer la vulnérabilité en opportunité
Face à ces
chocs répétés, la conclusion est sans appel : la dépendance aux énergies
fossiles importées est un piège stratégique. À l’inverse, les énergies
renouvelables offrent aux pays disposant de ressources naturelles abondantes
une occasion unique de reprendre la maîtrise de leur avenir énergétique.
La
Mauritanie possède l’un des potentiels solaires et éoliens les plus importants
de la région. Dans un monde rationnel, cette richesse devrait déjà constituer
le cœur de sa stratégie énergétique. Mais pour cela, il faut dépasser une
approche purement technologique et adopter une vision globale. Les leçons des
crises passées montrent qu’il ne suffit pas d’installer des panneaux solaires
ou des éoliennes. Il faut :
• intégrer
les renouvelables dans une politique industrielle ambitieuse,
• utiliser
l’énergie verte pour l’eau, l’agriculture, la transformation locale et
l’export,
• investir
dans les compétences nationales,
• et
inscrire cette transition dans une perspective de long terme, à l’abri des
aléas politiques conjoncturels.
Un choix
historique à ne plus reporter
Les chocs de
1973, de la guerre Russie–Ukraine et les tensions actuelles au Moyen-Orient ne
sont pas des accidents isolés. Ils sont les symptômes d’un système énergétique
mondial structurellement instable. Continuer à y être exposé, alors que des
alternatives existent, relèverait désormais de l’aveuglement stratégique.
Pour la
Mauritanie, la transition vers les énergies renouvelables n’est pas seulement
une réponse au changement climatique. C’est une assurance contre les crises
futures, un moyen de renforcer la souveraineté nationale et un levier de
développement durable.
L’histoire a
suffisamment enseigné et alerté. La question n’est donc plus de savoir si la
transition énergétique est nécessaire ou indispensable, mais si nous aurons le
courage politique et le sens stratégique de la mener et nous prémunir avant le
prochain choc.
Debellahi Abdeljelil
Rabat le 25 mars 2026

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